La vidéo présentée dans ce deuxième billet sur la prononciation du français familier montre la même scène que celle du billet précédent, à savoir la rencontre de Blanche et de Léa au début du film L’ami de mon amie d’Eric Rohmer.
 
Cette vidéo est cependant très différente de la première: elle est sous-titrée et presque toutes les phrases sont répétées deux fois. Le rythme du film est donc ralenti par des arrêts sur image lors des répétitions.
Vous trouverez sous la vidéo des explications sur la prononciation du « e muet » et le texte ce cette scène.
 

 
Le « e muet » (Pour les enseignants de FLE, je me dois de préciser que ce qui est écrit ci-dessus sur le « e muet » correspond à ce qu’on appelle la norme septentrionale du français. Vous trouverez des détails sur les deux voyelles « EU » et le « e muet » dans l’excellent cours de phonologie d’André Thibault.
 
On appelle « e muet » ou « e caduc », la voyelle écrite « e », sans accent, située dans certaines positions (à l’intérieur des mots ou entre les mots) qui rendent sa prononciation très faible ou inexistante.
 
Ce phénomène n’est pas lié au français familier en tant que tel, mais il se retrouve dans la plupart des conversations à vitesse normale.
 
Voici 3 mots faciles, «dimanche», «samedi» et «mercredi» qui peuveut servir d’exemples pour comprendre simplement quand la voyelle « e » est prononcée (« mercredi ») et quand elle ne l’est pas (« dimanche » et « samedi »).
 
«Dimanche» est un exemple de mot avec un « e » à la fin. En français parlé à une vitesse normale, cette voyelle est prononcée très faiblement, ou même totalement ignorée. Ce mot pourrait se transcrire *DI-MANCH.
 
Comme le « e » final n’est pas prononcé, la consonne écrite « CH » est liée au mot suivant s’il commence par une voyelle: « dimanche après-midi » est prononcé DI-MAN-CHA-PRÉ-MI-DI.
 
Le mot «samedi» montre la voyelle écrite « e » entre 2 consonnes. Ce « e » n’est pas prononcé et «samedi» peut se transcrire SAM-DI.
 
Enfin, le mot «mercredi» montre la voyelle écrite « e », entourée des consonnes RCR-D. Les Francophones prononcent difficilement les groupes de 3 ou 4 consonnes successives. Le fait de prononcer nettement le « e » facilite la prononciation : MER-CRE-DI.
 
 
Transcription du texte : Les « e muet » non prononcés et les lettres muettes qui les suivent sont soulignés.
 
– Je peux me mettre ici ? 
– Ah, mais bien sûr ! 
– Vous direz que je peux me mettre ailleurs, il y a de la place, mais dès que je suis seule, il y a toujours des mecs qui foncent sur moi. 
– Oh… Ici, sûrement pas, hein !  
– Ha ha ha ! Vous êtes de la maison ? 
– Non, justement. On m’a passé un ticket et je me sens un peu gênée. Écoutez, je vais me mettre là-bas, vous serez tranquille. 
– Non, mais franchement, restez ! J’aime pas manger seule
– Moi non plus, mais j’aime pas être toujours avec les mêmes gens. Chaque jour, je change d’endroit. Je connais tous les restaurants d’ici et même les cantines. Et puis, à midi, je prends jamais grand-chose
– Moi non plus, enfin, en général, parce que ce matin j’ai dû passer à la poste… et puis j’ai pas eu le temps de prendre mon petit déjeuner, alors euh… 
– Tu es étudiante
– Non, je travaille. À l’hôtel de ville. Au service des affaires culturelles
– Ah ! … Moi, je suis encore à l’école. L’École d’informatique, tu vois ? Je suis en dernière année. Encore un mois, hum, et après, finie la vie de bohême ! Je devrais plutôt dire le «nomadisme». Quand je travaille pas, je passe tout mon temps en déplacements. 
– Moi aussi, enfin, en général, je me déplace beaucoup.